Les grandes entreprises, locales et multinationales, sont la principale source d’emplois bien rémunérés.

Elles ne peuvent embaucher qu’une infime proportion des jeunes demandeurs d’emploi. Mais il peut toutefois aider le secteur privé à créer davantage d’emplois.Il s’agit souvent d’affaires tenues par une seule personne, qui vendent des produits simples ou des services de réparation, ou encore mènent une activité manufacturière rudimentaire, comme la fabrication de mobilier.Beaucoup de ces petites entreprises ne sont pas officiellement déclarées, mais elles possèdent un fort potentiel et dégagent un rendement de 60-70 % sur leur capital chaque année. Premièrement, il faut mentionner l’attitude de l’État vis-à-vis des petites entreprises. L’histoire du vendeur de légumes tunisien Mohamed Bouazizi illustre bien l’importance des PME. Cet homme s’est immolé par le feu, ce qui a déclenché la révolution, parce que les fonctionnaires le harcelaient quotidiennement, confisquant son matériel et ses légumes et l’empêchant de faire prospérer son commerce et de nourrir sa famille. Au lieu de lui mettre des bâtons dans les roues, l’État aurait dû lui procurer les services et les incitations qui l’auraient conduit à déclarer son activité.Deuxièmement, les pouvoirs publics peuvent favoriser l’instauration d’un système d’assurance sociale adapté aux besoins des petites entreprises telles que celle de Mohamed Bouazizi. Et ils ont besoin que ce changement s’opère vite. Au cours des 10 prochaines années, 130 millions de jeunes sortiront en effet du système éducatif et chercheront du travail. Or, le rythme actuel de création d’emplois est loin d’être suffisant.L’édition 2012 des Perspectives économiques en Afrique, élaborée conjointement par la Banque africaine de développement, le Centre de développement de l’OCDE, le Programme des Nations Unies pour le développement et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, estime que sur les 200 millions de jeunes Africains âgés de 15 à 24 ans, 53 millions connaissent une situation d’emploi précaire, très souvent analogue à celle des travailleurs pauvres.Fort de la sécurité que lui procure une assurance, le propriétaire d’une petite entreprise peut investir son bénéfice dans son affaire au lieu de gonfler son bas de laine en prévision de dépenses imprévues, comme par exemple des frais de santé pour les membres de sa famille. Quarante millions de jeunes Africains sont sans emploi. Et pourtant, seulement 18 millions d’entre eux en cherchent un ; les 22 millions restants ont abandonné toute recherche.Troisièmement, en Afrique, bien souvent, les chefs des petites entreprises n’ont pas accès aux crédits qui leur permettraient de développer leur activité. À mesure que les pays s’enrichissent et que les revenus y progressent, les consommateurs sont attirés par les marques connues et se détournent des produits locaux, jusque-là un moyen de subsistance pour de nombreux habitants.Même si, grâce à la microfinance, il est aujourd’hui plus facile de recevoir des financements de très faible montant, il reste très difficile d’obtenir des prêts de montant moyen, par exemple de 10.000 dollars. Avec l’augmentation des revenus, les familles disposent aussi de davantage de moyens pour venir en aide à leurs jeunes demandeurs d’emploi, lesquels peuvent donc se montrer plus sélectifs et rejeter des offres qui ne seront pas pourvues. Cette tendance se traduit par une hausse du chômage des jeunes et, potentiellement, par un alourdissement des coûts sociaux.La plupart des banques ne sont pas intéressées, car elles gagnent de l’argent plus aisément avec les entreprises plus grandes. L’amertume s’installe lorsque le « meilleur emploi » attendu ne vient pas. Le fait que ces nombreux jeunes soient dés?uvrés, et restent sans travailler ni faire d’études, représente un véritable gaspillage. Ils sont la ressource la plus précieuse d’un pays.L’État doit concevoir des incitations pour pousser les banques à se rapprocher des petites entreprises.Les jeunes Africains ont des attentes bien précises. Selon une enquête mondiale réalisée par Gallup, en Afrique du Nord, les jeunes préfèreraient un emploi dans la fonction publique plutôt que dans le secteur privé. Quatrièmement, l’amélioration de la qualité des services pourrait jouer un rôle majeur.D’ailleurs, les Perspectives économiques en Afrique estiment que l’Égypte devrait créer environ 200.000 emplois publics chaque année pendant la décennie qui vient pour maintenir la part actuelle de la population qui travaille dans le secteur public.

 

Victor Sossou

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